DEMANDER DE L’AIDE, CE N’EST PAS UN SIGNE DE FAIBLESSE

Portrait de Zahera Gahni

Même avec une présence assidue et toute la patience du monde, elle s’est sentie dépassée. Zahera G. est la maman de 4 enfants : Salma 15 ans, Yanis 13 ans, Inès et Leïla des jumelles de 12 ans (les prénoms des enfants ont été changé). Comme beaucoup, elle jongle entre ses obligations professionnelles, l’éducation de ses enfants et le suivi de leur scolarité.

L’année où Leïla et Inès sont rentrées au Cours préparatoire (CP) Zahera a commencé à se poser des questions. « Autant Inès est démonstrative et bavarde » explique-t-elle « autant Leïla sa jumelle est discrète et réservée, parfois mutique. À l’école, elle n’avançait pas au même rythme que les autres. Je me posais des questions : est-ce sa timidité ? n’ose-t-elle pas demander de l’aide ? » Finalement, Zahera se dit qu’elle prend son temps, elle avance à son rythme. Le CP passe, puis le CE1.

Les devoirs : de la détente au stress

D’ordinaire, l’accompagnement des devoirs reste un bon moment pour Zahera et les enfants : « On ne se prend pas la tête » sourit-elle « quand on bloque, on passe à autre chose, puis on y revient. » Avec Leïla, elle n’y arrive pas : « Je mettais beaucoup plus de temps avec elle qu’avec les autres. Le moment des leçons devenait un fardeau. » À la fin du CE1, quelqu’un lui parle de Gones Force 6. Mais demander de l’aide à l’extérieur pour Zahera signerait l’échec de son rôle parental : « je me montrais incapable d’accompagner mes enfants pour leurs devoirs » se désole-t-elle, « je culpabilisais à mort. »

À l’insu de son plein gré

En CE2 elle se refuse toujours à demander de l’aide. Mais à la fin du CM1, elle craque ! « Nous étions fin avril » explique-t-elle « j’appelle l’association, et je raconte toute ma vie au téléphone. Je suis submergée par les larmes. J’espère encore au fond de moi que mon interlocutrice Pascale Cochet me dise : désolée Madame, c’est presque la fin de l’année et nous n’avons plus de place depuis longtemps ! » Au lieu de cela j’entends : « hé bien oui Madame, pas de problème, venez à l’école, il ne reste qu’une quinzaine de jours mais nous allons voir ce que nous pouvons faire. » Zahera se présente le soir suivant avec Leïla. Pascale Cochet, la présidente de Gones Force 6, les accueille dans le hall de l’entrée de l’école Louis Pradel, rue Bossuet dans le 6e arrondissement de Lyon. C’est justement l’école de Leïla. « J’étais rassurée » soupire Zahera « ma fille connaissait les locaux. »

Surprise, surprise !

Pascale lui propose de laisser Leïla et de revenir après l’atelier de soutien scolaire. À son retour, Pascale Cochet lui parle d’un spectacle.« Déjà que ma fille s’exprime très peu à la maison » s’inquiète Zahera « un spectacle, face à des inconnus, pour jouer un rôle, devant des gens qu’elle ne connaît pas ! c’est bon, je vais la ramasser par terre ! et moi avec ! » Leïla participe aux derniers ateliers de soutien scolaire et prépare le spectacle. « J’avais beau jouer la curieuse » confie Zahera « elle ne me disait rien du tout. Est-ce que ça se passe bien ? est-ce qu’elle se sent bien ? Silence. » Le jour J, sur scène, Omar l’intervenant théâtre de Gones Force 6 incarne un loup poursuivant trois petites chèvres, dont Leïla. « C’était gentil et un peu ridicule » se souvient Zahera, « elle courait sur scène, criait, agitait les bras. Mais elle le faisait ! À la fin du spectacle, ma fille qui ne montrait jamais ses émotions est revenue vers moi tout sourire. Elle était fière d’elle. »

Le spectacle pour Leïla a joué le rôle de catalyseur. L’année suivante, elle a continué de participer aux ateliers ; sa sœur a suivi et pour elle, le théâtre lui a permis de canaliser son énergie. Son frère Yanis s’est inscrit au voyage à Malte pour réaliser un travail de mémoire. L’expérience lui a tellement plu qu’il a continué avec du soutien scolaire et du théâtre.

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